Comment parler à mon enfant de son autre parent ?

Cyrille Novou
Cyrille NovouCoach en dépendance affective et schémas relationnels

Déjà, on va éviter de dire que le parent est PN, parce qu'on va éviter de poser un étiquette sur le parent toxique. On va absolument éviter ça. On lui explique comme on l'explique à tous les enfants : chez chaque parent, il y a deux parties. Il y a la bonne partie de papa et la mauvaise partie de papa ; il y a la bonne partie de maman et la mauvaise partie de maman. Chez tous les parents, c'est comme ça. Chez papa ou chez maman, il y a une mauvaise partie et une bonne partie.

Il faut d'abord expliquer ce que c'est, la mauvaise partie. La mauvaise partie de papa, c'est la partie de papa qui peut se moquer de toi. C'est la partie de papa qui ne te voit pas. C'est la partie de papa qui ne s'occupe pas de toi. C'est la partie de papa qui est absente. C'est aussi la partie qui change d'humeur instantanément. C'est la partie de papa qui te fait peur, c'est la partie de papa qui te fait pleurer, c'est la partie de papa qui te met en colère.

Quand tu as affaire à la mauvaise partie, c'est normal que tu sois en colère, ou que tu sois triste, parce qu'il ne te donne pas ce dont tu as besoin. Ou que tu aies peur, parce qu'il est irascible, parce que ses humeurs peuvent tomber à n'importe quel moment. Donc, quand tu as affaire à la mauvaise partie, mon chéri, c'est normal que tu ressentes ces émotions, ou que tu lui en veuilles. Tu en as le droit. Tu as le droit de lui en vouloir quand tu as affaire à cette partie, tu as le droit d'être triste, tu as le droit d'avoir peur quand ses humeurs changent du tout au tout, soudainement. C'est normal.

Et puis, il y a la bonne partie de papa, la bonne partie de maman : c'est la partie de papa ou de maman qui s'occupe de toi quand tu en as besoin, qui est gentille avec toi, qui rigole avec toi, qui est présente pour toi, qui se fait du souci pour toi, qui t'aime. Et cette partie existe aussi.

Il faut expliquer à l'enfant que les parents sont multiples : parfois on a affaire à la mauvaise partie, parfois on a affaire à la bonne. Quand on a affaire à la mauvaise partie, il faut se protéger. Et quand on a affaire à la bonne partie, on en profite : il faut en profiter.

Souvent, les enfants vont vous demander : « Est-ce que ça existe, des parents qui n'ont pas de bonne partie ? » Moi, je leur dis : c'est très, très rare. Il faut vraiment que le parent soit malade, parce que tous les parents aiment leurs enfants. Je leur explique bien : tous les parents aiment leurs enfants, ils les aiment à leur façon, et leur façon ne correspond pas parfois à ce que l'enfant attend. Donc c'est très rare qu'un parent n'ait pas de bonne partie. Ce qui peut exister parfois, c'est que le curseur soit à 90 % de mauvaise partie et 10 % de bonne, ou 95 et 5, mais ce n'est jamais zéro. Il faut vraiment que les gens soient très malades pour que ce soit zéro.

Ce qu'il faut expliquer aussi, c'est que quand on n'a pas « cassé la gueule », au sens figuré, attention, à la mauvaise partie de papa ou de maman, cette mauvaise partie va toujours s'intercaler entre toi et la bonne. C'est pour ça que, quand tu n'as pas dégommé, dézingué la mauvaise partie de papa, tu as du mal à avoir accès à la bonne. Quand la mauvaise partie est très forte, en général, elle masque la bonne, jusqu'à ce qu'on s'autorise à dégommer symboliquement, bien sûr, la mauvaise partie de papa. Et là, à ce moment-là, tu auras accès à la bonne. Mais tu peux aussi avoir accès à la bonne, même sans ça, parfois. Et quand c'est le cas, il faut en profiter. Il faut se protéger quand tu es face à la mauvaise, et en profiter quand tu es face à la bonne.

C'est très important d'expliquer ça à un enfant, parce que l'enfant est constitué de 50 % de l'énergie de papa et de 50 % de celle de maman. Donc, si on lui explique qu'il y a 0 % de bon chez un parent, ça veut dire que lui-même va se dévaloriser.

Si c'est la maman qui donne l'explication et que l'enfant lui demande, la maman doit dire que chez elle aussi, il y a une mauvaise partie. C'est valable de même pour le papa qui explique. Souvent, je dis que les parents sont souvent un problème pour les enfants.

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