Naît-on pervers narcissique ou le devient-on ?

Cyrille Novou
Cyrille NovouCoach en dépendance affective et schémas relationnels
Dans cette réponse
  1. Est-ce qu'on naît PN ou est-ce qu'on le devient ? Et à cause de quoi ?
  2. Si la victime et le PN ont les mêmes failles à la base, pourquoi l'un devient PN et pas l'autre ?

Est-ce qu'on naît PN ou est-ce qu'on le devient ? Et à cause de quoi ?

Est-ce qu'on naît PN ou est-ce qu'on le devient ? Ben, j'en sais rien. Et en fait, la réponse ne m'intéresse pas. Je ne te manque pas de respect, je t'explique pourquoi cette réponse ne m'intéresse pas : comprendre si on naît PN ou si on le devient, ça changerait quoi, pour les gens qui sont en relation avec des PN ? Ça changerait quoi de le savoir ? Peut-être parfois à trouver des excuses pour rester encore plus longtemps : « Le pauvre, elle est née comme ça, donc il faut que je supporte encore quelques années avant d'en sortir. » Ça ne changerait rien. Donc en fait, j'en sais rien, et à ma connaissance, il n'existe aucune étude là-dessus. Je peux me tromper, mais quand j'avais cherché, je n'en ai trouvé aucune pour dire si on naît PN ou si on le devient.

Il y a une deuxième question dans ta question : à cause de quoi ? Je peux te parler de mon expérience personnelle et de mon expérience professionnelle, et dans les deux cas, ça s'est toujours vérifié : les pervers narcissiques ont une double blessure. Ils ont la blessure de l'abandon, du rejet, et la blessure de l'humiliation. Je l'ai vérifié dans mon entourage personnel et avec tous les gens avec qui j'ai travaillé.

Et pourquoi est-ce que ce genre de question ne m'intéresse pas ? Parce que c'est une question leurre. Non, je ne devrais pas dire une question leurre, c'est une question piège. Peut-être que tu fais partie de ces personnes qui passent leur journée sur YouTube, sur Insta, je ne sais où, à se renseigner sur les pervers narcissiques, sur leur mode de fonctionnement. Et ça, c'est un piège. Quand tu mets toute cette énergie à regarder des contenus pour comprendre comment ils fonctionnent, qu'est-ce que tu ne fais pas ? Où est-ce que tu ne mets pas ton énergie ? Ce que tu ne fais pas, c'est que tu ne t'occupes pas de toi. Tu restes accroché, c'est toi-même qui t'accroches au pervers narcissique. Et en t'accrochant au pervers narcissique, tu t'abandonnes. Tu te quittes.

C'est ça qui fait que tu vas rester longtemps dans cette galère : tu t'abandonnes en mettant ton énergie à vouloir le comprendre, le convaincre, qu'il admette ses torts, qu'il reconnaisse. C'est là que tu tombes dans le piège. À chaque fois que tu vas y croire, que tu es dans l'illusion de ce qu'il t'a vendu et pas dans la réalité de ses actes, tu te quittes. À chaque fois que tu mets ton énergie à vouloir savoir comment il fonctionne, le reconquérir, le changer, le transformer, l'aider, tu mets ton énergie à son service. C'est aussi simple que ça. Donc les choses n'avancent pas. Tu es au service du projet du pervers narcissique : le pervers narcissique est devenu ton projet. Pendant que tu te poses ces questions pièges, ce n'est pas toi le projet, c'est l'autre.

Sortir de ça, ça va être de faire de toi-même ton propre projet. C'est ça, le challenge. Si tu t'occupes vraiment de toi, lui ou elle, tu t'en fous. Que ce soit ta mère, que ce soit ton frère, ce n'est pas lui le sujet. Le sujet, c'est toi. À chaque fois que tu poses ces questions pièges, tu te trompes de sujet. Je te le dis directement, avec amour : tu te trompes de sujet, tu es à côté de la plaque quand tu poses ces questions-là, parce que tu n'es pas dans le bon projet, tu es dans le projet de l'autre.

Donc moi, je t'encourage à revenir sur tes rails et à revenir sur toi : sur les bonnes raisons qui font que tu restes et que tu t'accroches. Qu'est-ce que tu gagnes à faire ça ? Tu travailles ça, tu deviens ton propre projet, et là, tu vas voir que les choses vont changer à vitesse grand V.

Devenir son propre projet, c'est justement réparer les blessures émotionnelles de l'enfance qui font que tu t'accroches au pervers narcissique. C'est ça, ton propre projet : réparer les blessures, réparer la faille que le pervers narcissique est venu chercher, et dans laquelle il est entré.

Être ton propre projet, pour te faire gagner des années, c'est aussi éviter les conneries du genre « se donner à soi-même l'amour dont on a besoin ». C'est un des plus gros scams du développement personnel : si tu n'as pas reçu suffisamment, tu ne peux pas te donner quelque chose que tu n'as pas reçu.

Si la victime et le PN ont les mêmes failles à la base, pourquoi l'un devient PN et pas l'autre ?

Ça, c'est ce que j'appelle une question muleta. C'est l'esprit qui tend la muleta, et cette muleta vise à occuper ton esprit. Pourquoi je te dis ça ? Parce que, de toi à moi, qu'est-ce que cette réponse va changer à ta situation ? Prends le temps. Qu'est-ce que cette réponse va changer à ta situation ? Ça ne va rien changer. Donc ça ne va rien changer à ta situation de savoir ça.

Maintenant, pour te donner une tentative de réponse : ils ont la même faille, mais le PN a quelque chose en plus. La faille, c'est la peur viscérale de l'abandon et du rejet : c'est ça qu'ils ont en commun. Mais le PN, ce que j'ai remarqué, que ce soit dans mon expérience personnelle avec mes proches ou dans mon expérience professionnelle, c'est qu'il a en plus la blessure de l'humiliation. Le dépendant affectif a la blessure de l'abandon, du rejet. Le PN a la blessure de l'abandon, du rejet, mais il a en plus l'humiliation.

Mais encore une fois, c'est une question qui ne sert qu'à éviter, soit les vraies questions, soit le vrai travail. Parce que le vrai travail, c'est de revenir sur toi, pour faire le travail qui va te permettre de sortir de l'obsession du PN, de sortir de l'obsession de son fonctionnement. Le travail dont je parle, c'est le travail émotionnel, le travail de réparation. Je te dis ça parce que beaucoup de gens avec qui je travaille sont dans cette obsession du mode de fonctionnement du PN : ils veulent comprendre, savoir. Parce qu'ils ont en toile de fond une croyance : s'ils comprennent exactement comment fonctionne le pervers narcissique, ils vont pouvoir se mettre à l'abri. Et ça, c'est un leurre. Ce n'est pas parce que vous comprenez exactement comment fonctionne un pervers narcissique que ça va vous mettre à l'abri. Vous pouvez être tout à fait au fait de ses modes de fonctionnement, savoir exactement comment il fonctionne, et rester dans la relation, et rester accroché. C'est ça, le truc.

Et maintenant, je voudrais vraiment vous mettre en garde. La perversion narcissique, c'est une folie. C'est ce qu'on appelle une folie blanche : une folie qui a l'apparence de la normalité, mais c'est une folie. Le pervers narcissique a l'air normal en apparence, mais c'est un fou. Donc faites bien attention : si vous voulez vraiment comprendre un fou, à un moment donné, ça va peut-être vous demander de passer par la folie.

Moi, je vous dis ça parce que je suis passé par là. Quand j'ai eu cette révélation que j'étais entouré depuis ma plus tendre enfance par plusieurs personnalités perverses narcissiques, j'ai voulu comprendre, moi aussi. Normal : on veut comprendre ce qui nous arrive. Et je me suis rendu compte qu'à force de vouloir entrer dans son esprit, à force de vouloir comprendre, je commençais à devenir obsédé, je commençais à devenir fou. Parce que si vous voulez comprendre un fou, vous ne pouvez pas faire autrement que de devenir fou.

C'est là que j'ai compris ce piège des questions muleta. C'est là que j'ai compris que, pendant que je mettais toute mon énergie à le comprendre, je restais sous emprise. C'était une manière pour moi de garder le lien : un lien d'emprise. Pendant que je m'occupais des pervers narcissiques, je ne m'occupais pas de moi. Et ça a vraiment été une bascule, qui m'a permis de me libérer de ça.

Donc attention aux questions que vous vous posez. Regardez bien où vous mettez votre énergie : pendant que vous la mettez sur le pervers narcissique, vous ne la mettez pas sur vous. Et c'est le signe que vous restez sous l'emprise du PN, même si physiquement vous ne le voyez plus : il est encore dans vos têtes, il occupe encore votre esprit, il occupe encore votre énergie. Donc vous êtes sous emprise.

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